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La Ducati du Pharaon

Le polar de l'été - Episode 5

La Ducati du Pharaon - 5

L’employée du Bureau de Recherches Géologiques et Minières fait un pas dans la tombe d’Odette Franz et balaye les murs de sa torche. Elle secoue la tête :

- Cherchez pas, on est dans un couloir souterrain des anciennes fortifications. La maçonnerie est très caractéristique.

- Si loin des boulevards des maréchaux, demande Marc ?

La Ducati du Pharaon - épisode 5- Oh ! Mais je ne parle pas de l’enceinte Thiers. Ici, c’est la deuxième enceinte, celle construite fin 19e. On est à moins d’un kilomètre à vol d’oiseau du Fort d’Ivry et je parie que c’est un tunnel reliant l’ouvrage aux fortins et aux postes d’observation disséminés un peu partout autour. Si on creusait ici, dit-elle en tapant le sol du talon, on trouverait probablement des rails, ou tout du moins les rigoles des rails pour les wagonnets de munitions. S’il n’y a rien, c’est que le tunnel ne servait qu’aux troupes. Mais vu la largeur du tunnel, je parie sur l’absence de rails. Il a été bouché, mais doit se poursuivre en zig-zag jusqu’au fort -ce qui rend le repérage difficile quand ce genre de souterrain n’est pas répertorié et celui-ci ne l’est pas selon mes cartes.

- Mais comment est-il possible que personne ne se soit aperçu de la présence d’un cadavre au bout de ce tunnel ?

- Bonne question, inspecteur, que je vous retourne puisque c’est au-delà de mes compétences, répond l’employée du BRGM.

- Bon. Et maintenant ?

- Maintenant je vais faire quelques sondages pour voir s’il y a d’autres risques d’effondrement. Au-dessus de nous, il devrait y avoir… l’employée consulte un plan sorti de sa serviette puis ferme les yeux pour s’orienter… probablement le jardin de l’immeuble, à peu près là, finit-elle par dire, en montrant du doigt un point sur la carte. On pourrait déblayer pour voir ce qu’il y a derrière, surtout pour déterminer où mène le tunnel et s’il y a d’autres risques d’effondrement, auquel cas il faudra combler et murer. Mais ce n’est ni pour tout de suite ni de votre ressort de toute façon.

- Je doute d’apprendre grand-chose de plus ici, répond Marc en consultant sa montre. Vous pouvez disposer des lieux comme bon vous semble tant que vous nous avertissez si vous trouvez quelque chose susceptible d’éclairer cette affaire. Je ne vous cacherai pas que tout ceci me laisse perplexe. Un cadavre dans des toilettes construites dans un couloir d’anciennes fortifications... mouais.

Marc a une moue pensive accompagnée d’un haussement d’épaules.

Ils sortent de la cave et se séparent après les politesses d'usage. Mars monte dans son triporteur, lance le moteur, mais ne démarre pas tout de suite. Il tapote du bout des doigts le volant de plastique noir brillant. Il jette à nouveau un oeil à sa montre et décide de faire un crochet par le Bouclard pour achever la remise en place du moteur dans le cadre. Il vaut mieux être deux pour cette délicate opération et Vincenzo lui a promis un coup de main.

Il remonte une de ces avenues qui mènent aux portes de Paris. Ici, avant, c'était des champs. Il n'y a pas si longtemps que ça, d'ailleurs : un de ses collègues parti à la retraite il y a peu parlait des vaches qu'il voyait passer Place d'Italie quand il était môme.

Marc conduit mécaniquement, laissant sa glande basale le mener à destination pendant qu'il retourne une fois de plus l'étrange affaire de cette femme morte sur des toilettes construites avec des traverses de chemin de fer dans une cave, qui est en fait un couloir d'accès oublié au réseau de fortifications de Paris.

Le polar de l'été

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