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Canada : de Fields à Banff

Moto en Colombie britannique

Les nuages envahissent la ville et l’on ne distingue plus les sommets des montagnes. La bruine fine de début de matinée fait place à une vraie pluie bien dense. Le contraste est saisissant avec les jours de beau temps et le moral en berne avec le thermomètre, d’autant plus que le fond de l’air est frais, même très frais.
Un tour jusqu’à l’office de tourisme confirme les craintes : la température est actuellement de 5°C et la pluie confirmée sur la ville pour toute la journée ! Les prévisions sur la région confirme la pluie mais en moindre quantité au sud. Du coup, le programme prévu change du tout au tout pour un coin non envisagé initialement : direction Banff !

La direction initiale est la même que pour le Lac Louise, mais cette fois-ci, au lieu de prendre la highway, le choix se porte vers la route 1A… de la taille d’une de nos départementales. En fait, la 1A sillonne la forêt, sur un bitume pareil à du billard, à travers la vallée de La Bow.

vallée de La Bow

Les arbres défilent de par et d’autre de la route, lentement, par respect pour la limitation de vitesse à 70 km/h… le temps d’admirer la rivière, puis la flore et les montagnes au fond. Par moment, la route se divise et la double sens devient sens unique, ne laissant plus qu’une bande unique bordée de par et d’autre par les conifères géants et odoriférants. Et çà tourne, retourne, tournicote, virevolte encore et encore, le plus souvent dans de larges courbes, quelquefois plus serrées, mais que la poignée droite titille pour accélérer le rythme autorisé.

Il y a plusieurs sites et points de vue sur la route, mais les chutes de Silverton sonnent particulièrement à l’oreille, de quoi mériter un arrêt. Le panneau annonce seulement 700 mètres, de quoi ne pas prendre de risque. Le sentier longe un ruisseau surplombé par les arbres, souvent sous des branches entremêlées.

Rivière

Les pierres sont autant de joyaux aux couleurs orangées perçant de temps en temps au-dessus des eaux tumultueuses. Comme d’habitude, il suffit de s’éloigner du parking pour ne plus voir aucune âme qui vive, donnant l’illusion de découvrir la nature comme les premiers pionniers. Le sentier sinue entre les arbres avant de s’élancer vers le ciel, puis à flanc de montagne, passant par ce qui a du être un récent éboulement… laissant tout un pan rocailleux et dénudé. Quelques mètres encore et la cascade apparaît, tombant en trois sauts d’une centaine de mètres de hauteur jusqu’au ruisseau coulant en contrebas. Le ricochet d’eau multiple sur les parois mérite le chemin parcouru, par un plaisir renforcé par l’impression d’assister à un spectacle unique et personnel.
Mais l’appel de la moto retentit. La route continue ainsi jusqu’à Banff ou presque. Car sur la carte, à côté de ce qui ressemble à des légères courbes, sort de façon évidente une route faite de lacets successifs vers Norquay. Le motard peut-il se satisfaire ici de quelques courbes et de beaux paysages ? Le tracé est trop tentant, les panneaux autant d’invitations.

Faune et bouquetins

La route monte, encore et encore, régulièrement ponctuée de panneaux de limite de vitesse à 20 km/h, pour précéder les épingles. Et effectivement, ce sont des vraies épingles, bien refermées, avec le petit plus des gravillons bien placés pour obliger à ralentir le rythme. Mais le plaisir est là, jusqu’en haut, d’autant plus que les seules voitures croisées étaient sur le bord de la route, et donc absente de toute chicane mobile. Les arrêts surplombants valent la peine, mais le temps est couvert et le bitume idéal. Au sommet, la station de ski hivernale ressemble à une ville fantôme avec ses bancs en mini-skis, ses cabines au sol, et toutes les maisons sans lumière.

Station de ski

Seul un distributeur de boissons, froides, clignote de sa marque de cola. Un mouvement, une ombre, et c’est un Souslik de Parry (proche d’un petit écureuil) qui regarde le visiteur égaré de son air interrogateur. Peu craintif, il se laisse approcher jusqu’à deux mètres avant de disparaître dans un terrier. Et c’est ainsi que s’évanouit le dernier être vivant de cet espace désolé, venté et glacial. Le sandwich ne réchauffe rien et l’on en vient à rêver d’un café ou d’un thé bien chaud malgré le pull et le blouson. Banff semble alors un bon choix, pour une fois, la ville et non pas la nature.

La descente va se faire plus vite que la montée, l’expérience accélérant l’allure. La route mène alors directement sur Banff, véritable ville « paillette », neuve, presque clinquante aux magasins de luxe, de t-shirts, et de gadgets pour touristes aux couleurs de la ville, du Canada et des indiens, à grand renfort de totems. La ville est plus proche d’une copie d’un Disney canadien que d’une image historique réaliste et pourtant la ville date originellement des années 1920. Qu’importe, les boissons chaudes sont données et l’air de civilisation apporte une petite touche de bling-bling.

Ville de Banff

Mais ce n’est pas la ville qui fait la réputation de Banff, mais ses lacs et ses parcs naturels environnants. La route se reprend donc vers le lac Minnewanka (lac des esprits). Droite ? La ligne droite est ici quasiment absente. Et pour le lac, ce sont encore des courbes tantôt resserrées, tantôt larges, traversant tantôt une plaine dégagée tantôt la forêt, tandis qu’une lumière plombée de fin de journée et d’orage passé baigne le décor surréaliste.

Le lac est plongé dans le noir, même si le soleil tape encore sur les montagnes escarpées le surplombant. Les ombres se déplacent le long des flancs, comme autant de vagues, alors que la surface du lac apparaît comme huilée. Le contraste est saisissant, faisant mieux comprendre la peur et le respect qu’il suscitait chez les indiens qui croyaient qu’il était peuplé d’esprits.

le lac Minnewanka (lac des esprits)

A quelques encablures du lac, il est possible de rejoindre le Lac Johnson, beaucoup plus modeste, qui offre une randonnée agréable sur l’ensemble de son pourtour. Il n’y a qu’une voiture sur le parking et une Golwing, mais leurs conducteurs sont invisibles et les rives désertes. Les arbres encore verts sous les derniers rayons du soleil rayonnent au-dessus d’une eau sombre. A perte de vue, les montagnes semblent se succéder sans jamais s’arrêter.  Une dernière photo, et une heure de route pour arriver avant la nuit à Field en refaisant quasiment le même chemin, en sens inverse. Pressé par le thermomètre qui chute, le rythme double par rapport à la balade matinale et çà passe, partout, sans aucun problème ; çà pourrait même passer bien plus vite. Mais les limitations de vitesse ne sont pas tellement faites pour les humains mais pour les animaux  - ours, caribous, - qui traversent régulièrement les routes.

Route déserte

Du coup, une vitesse excessive représente un vrai risque, à fortiori en moto. Mais il fait trop froid et l’adrénaline pousse à faire quelques écarts avec les limitations jusqu’à retrouver la highway sur quelques kilomètres ou comparativement, le rythme redescend, pour sillonner entre truck, camping-car et 4x4 étendus.

Les courses sont faîtes. Ce soir, ce sera pâtes ; l’avantage d’être en B&B par rapport à l’hôtel, quand l’hôte laisse à disposition cuisine et condiments. Le Canada, c’est beau, mais le budget s’envole vite si l’on n’y prend garde, malgré un taux de change avantageux avec l’euro à 1,46.

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