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Canada : Mont Edith Cavell

Moto en Colombie britannique

Proche de Jasper, le Mont Edith Cavell est à la fois une montagne, un glacier et une forêt subalpine. La route qui y mène est réputée, pour ses points de vue et ses lacets. Il n’en fallait pas plus pour en faire la destination avant le départ pour le Mont Robson.

On reprend la route 93 au sud de la ville pour bifurquer au bout de seulement sept kilomètres et prendre la route Cavell. Un panneau interdit la route aux camping-cars. Le premier virage est en soi l’explication : véritable épingle serrée, en dévers, étroit, seules les voitures et 4x4 sont à même d’effectuer sans danger l’opération. Peu de visibilité pour anticiper le rythme, la moto descend en seconde, pour reprendre en 3e après chaque lacet. La route est abîmée, défoncée, cahoteuse, avec de nombreux trous. Le tout n’incite pas à la moindre prise de risque et le regard se concentre au loin, et de temps en temps sur les côtés pour admirer la vue. Les arrêts se font réguliers, sur les espaces gravillonneux systématiquement situés à droite (à privilégier lors de la montée donc).

la route Cavell

La route permet de monter rapidement à 2590 mètres, là où attend un parking de graviers en dévers, halte avant le chemin menant au glacier. Deux Harleys sont déjà là.

Légèrement en montée, le sentier des près-Cavell se fait rapidement à pied. Le Mont visible de loin se transforme alors en immense glacier, finissant sur un petit lac à l’eau verte, parsemé d’icebergs épars. L’eau glacée contraste avec la chaleur étouffante sous le soleil de midi. Le regard perçoit au fur et à mesure que ce qui ressemblait à de la terre et des cailloux se révèle en fait être tout le glacier sur tout les pourtours du lac… recouvert des roches et des pierres dévalant la montagne.

le Mont Edith Cavell et son lac

Sur la droite, plusieurs cascades jaillissent d’un bout du glacier pour s’enfoncer au pied de la montagne. Une caverne de glace à mi-hauteur exhale un air glacial, noyant le voyageur entre froid et chaleur, entre l’air climatisé naturel et certains courants chaud sous le soleil.

Cascades du Mont Edith Cavell

Les pieds accrochent et glissent sur le manteau de pierres du sol, se dérobant régulièrement pour laisser entrevoir la glace. Tout ce qui semble pierre n’est qu’une pellicule sur le glacier qui englobe toute la partie nord de la montagne. Le risque est là, à la fois parce qu’il arrive que des morceaux de glacier grands comme une maison se détache et parce que sous les pieds le sol peut tout simplement s’effondrer. Les panneaux le signalent. Pourtant la pierre donne cette illusion de stabilité et de sécurité.

Le plus dur dans le retour consiste en fait à sortir la moto de son gravier en dévers sans la faire chuter. Les valises chargées à bloc renforcent le balourd latéral. Autant il y avait de nombreuses véhicules lors de la montée, la descente s’effectue presque en solitaire ; de quoi accélérer le rythme. Et puis, tous les arrêts ont déjà été fait à l’aller. L’heure de montée se transforme donc en vingt minutes de descente tranquille pour effectuer les 12 kilomètres.

Le Mont Robson n’est qu’à cent kilomètres de Jasper. Mais l’hôte nous a prévenu : « avec les arrêts, prévoyez trois bonnes heures ». Encore une fois, les moyennes réelles n’ont rien à voir avec le temps théorique possible sur une route roulante. Mais cette fois-ci, nous allons gagner une heure car nous changeons de zone horaire, repassant de l’Alberta à la Colombie Britannique, avec une heure de moins à retrancher à la montre.

Changement de fuseau horaire en passant à la COlombie Britannique

Les ponts et les rivières succèdent aux lacs sur fond de montagnes. La route étant la seule menant vers l’ouest, elle est également plus fréquentée, d’autant plus que ne passant par aucun parc, elle est ouverte aux trucks. Le rythme y est également plus rapide. Presque habitué aux 80 à km/h, c’est ici une vitesse dangereusement basse, idéale pour se faire doubler chaque minute par un truck et ce, que ce soit en montée ou en descente. Le plus impressionnant reste en descente, quand la vitesse remontée à 100 km/h, on se retrouve tout d’un coup avec un truck collant aux fesses dans les virages, larges certes, mais véritables virages de montagne quand même. Nos routiers français semblent des anges à côté du rythme des routiers canadiens.

Trucks de routiers canadiens

Lac Yellowhead, lac Moose… les arrêts s’apprécient même si les points de vues officiels ont presque disparus. L’arrêt s’effectue donc plutôt sur la bande d’arrêt d’urgence, pour le plus souvent traverser à un moment d’accalmie de la circulation. Les motards se croisent et saluent, le plus souvent de la main ouverte, quelquefois de deux doigts en V.

Mais c’est en arrivant sur le Mont Robson, qu’apparaissent les chutes Overlander. Une petite place de parking et 10 minutes de marche suffisent pour atteindre les dernières chutes de la journée et même des jours suivants. Les chutes ressortent sous le soleil tandis que la rivière plus bas est déjà plongée dans l’ombre de la fin d’après-midi. Comme beaucoup de chutes, il vaut mieux planifier les visites avant 3 heures de l’après-midi. Celles-ci sont encore éclairées : une chance pour en apprécier le débit et la force, ainsi que les goulots successifs qui suivent ensuite à travers les rochers. Ce soir, il n’y a tout simplement personne ! Du coup, le spectacle ne s’en apprécie que davantage, comme réservé et exclusif.

Au bout de la route, c’est déjà le pied du Mont Robson, et le centre d’information.

le Mont Robson

Les découvertes seront pour demain. Il est temps d’apprécier le chalet de ce soir d’autant plus que le temps est lourd, vraiment très lourd.

Chalet au coeur de la forêt

L’orage ne tarde pas à éclater. D’abord très loin, le ciel s’illumine comme en plein jour, zébré d’éclairs dont le tonnerre ne résonne qu’au bout de 30 secondes. Puis peu à peu, l’écart se réduit. Les premières gouttes tombent tandis que la terre semble désormais trembler à l’unisson. Les arbres plient de plus en plus violemment. La pluie se transforme en déluge et les gouttes semblent grêle par leur force. Au cœur de la forêt, les arbres se détachent tremblant en autant d’ombres noires sur un fond illuminé de violet. Les phares de la moto se détachent à rythme régulier sur ce déchaînement soudain de la nature. L’orage n’était pas au programme des prévisions météo de la veille. Nous sommes au cœur du Mont Robson, culminant à 3954 mètres. C’est la montagne. Nous ne ressortions pas en ville en moto ce soir.

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